Enoncé de la requête
La Loge havraise « les Trois H » du Grand Orient
de France a décidé de créer « une
question à l’étude de notre loge»
dont le thème est : Vivre ensemble : République
et communauté(s) »
Des rapports de la commission chargée de son étude
sont soumis à la loge à échéances
régulières définies conjointement avec
les responsables de l’ordre du jour des réunions.
L’objectif étant d’examiner dans quelles
limites l’appartenance à une communauté
et l’existence même de communautés peuvent
entrer ou ne pas entrer en contradiction avec le respect des
principes républicains dans le cadre du « vivre
ensemble ».
Les travaux de cette commission sont de qualité tant
dans leur contenu que dans la manière de travailler ce
qui est propice à un travail riche et indispensable pour
des membres qui ont l’ambition d’appliquer à
l’extérieur de la loge les vérités
qu’ils ont acquises à l’intérieur.
La République
Préambule :
La Res Publica, c’est la chose publique avec la notion
d’Etat garant de l’intérêt général
supérieur aux intérêts particuliers.
La République n’est pas intangible.
Elle peut évoluer au gré des changements majeurs
des sociétés, mais elle s’appuie sur des
principes généraux de fond (la démocratie,
le suffrage universel, la langue commune, l’instruction,
nous sommes détenteurs de droits et sujets de devoirs,
la souveraineté du territoire sans opposition à
des unions politiques fondées sur un principe de paix).
La République est un système politique
La République est un régime politique dans lequel
nul ne peut être inquiété pour ses opinions
religieuses ou autres, pourvu que ses manifestations ne troublent
pas l’ordre public.
Plusieurs concepts dont la personne humaine et la coopération
entre les Hommes sont le fondement :
- La démocratie,
- La liberté et la dignité des hommes et des femmes,
l’égalité de leurs droits,
- Une garantie de droits fondamentaux,
- Un régime de Droit,
- Une volonté de fraternité qui peut prendre le
terme de solidarité.
A ces concepts, la République doit adjoindre :
- Un territoire
- Une cohésion,
- Une volonté de vivre ensemble,
- Une volonté de vivre en bonne harmonie avec les pays
et peuples du monde.
La République n’est ni :
- Une institution autoritaire,
- Un régime temporaire,
- Une simple organisation administrative,
- Un conglomérat de groupes ou de communautés
d’intérêt.
La République, concept au service de l’intérêt
commun, est universelle:
En aucun cas, la République est constituée de
groupes de citoyens ou de groupes et de citoyens.
La République accepte que des individus se constituent
en groupe(s) dès lors que ce(s) groupe(s) ne revendique(nt)
pas de droits spécifiques ni n’exerce(nt) des activités
contraires aux lois communes.
La République ne confère pas (n’a pas à
conférer)
- aux communautés des prérogatives ou des missions,
même de simple régulation.
- des droits supplémentaires à des citoyens au
motif qu’ils seraient membres de communauté(s).
La République ne donne pas de droits spécifiques.
Dans ce sens, elle protège du communautarisme.
La laïcité est un concept fondamental de Paix qui
ne s’apparente en rien à une simple neutralité.
Elle est une condition pour vivre ensemble un contrat social
républicain ambitieux.
La République définit un projet
commun
Chaque être humain est une réalité unique,
respectable, autonome, supérieure aux autres êtres
vivants mais indissociable de son environnement biologique.
Il est en droit de rechercher sa plénitude à partir
de grandes activités qui finalisent sa personne : l’instruction,
le travail, l’art, la recherche de la vérité,
la relation aux autres, l’amour ou l’affection…
La République a charge de veiller à ce que les
moyens publics qu’elle mobilise ne permettent pas la remise
en cause de son existence ou de son fonctionnement. Elle a un
devoir d’exigence pour les citoyens, pour elle-même
et pour que les idéaux qu’elle porte.
La République définit un projet commun : le vivre
ensemble qui est cette capacité à cohabiter malgré
des différences ou en l’absence de points d’affinité.
Les communautés
Il existe différents degrés dans
la constitution de groupes de personnes
L’association : C’est le cas lorsqu’un groupe
de personnes exerce une activité de nature privée
dans le cadre des règles de la République. C’est
le fait de la plupart des sociétés à but
non lucratif, qu’elles soient de quartier ou d’intérêt
général.
Le groupe d’affinités : C’est le cas lorsqu’une
démarche, mouvement, courant de pensée, d’action
ou de comportement rassemble des personnes dans un ensemble
expressif distinct.
La communauté spirituelle ou la communauté d’intérêts
: C’est le cas lorsqu’un groupe de personnes décide
de partager un concept, une conviction, une manière de
vivre en définissant des règles complémentaires
(ou égales) à celles de la République au
non de ce qui les distingue.
La communauté sectaire : C’est la cas lorsque ce
groupe exerce une activité qui définie des règles
supérieures à celles de la République au
non de ce qui le distingue, il y a attitude communautaire sectaire.
Différentes catégories de communautés peuvent
être identifiées, de manière non exhaustive
:
- Les communautés religieuses,
- Les communautés géographiques, suivant les pays
d’origine, les ethnies, les régions,
- Les communautés sexuelles,
- Les communautés virtuelles, comme sur Internet par
exemple…
- Etc…
Le tronc commun de ces exemples de communautés est d’être
basé sur des spécificités communes et des
femmes et des hommes pour lesquels les traditions, pratiques,
règles et rites communs formant sens pour ceux qui les
pratiquent.
Le terme de « communauté » est tellement
employé pour exprimer des idées différentes,
qu’il est devenu à géométrie variable,
ce qui gêne, voire pollue, le sens commun et la réflexion.
Nos travaux se figeront sur les définitions ci-dessous
:
- Les communautés posent des règles
supérieures aux règles générales.
Lorsqu’un groupe exerce une activité et définie
des règles supérieures à celles de la République
au non de ce qui le distingue, il y a attitude communautaire.
- C’est le cas de l’Union européenne qui
est une communauté d’états nations.
- C’est le cas des groupes de personnes qui ont en commun
un élément significatif qu’elles considèrent
(ou que les personnes extérieures à ce groupe
considèrent) distinctif des autres justifiant des attitudes,
des règles ou des pratiques exclusives et prédominant
sur celles du ou des pays où elles s’exercent.
- Les communautés mettent en exergue ce
qui distingue.
Il y a communautarisme lorsque :
- des attitudes, règles et pratiques priment sur les
lois, règlements et sur le fonctionnement régulier
pouvant aller jusqu’à perturber l’intérêt
commun.
- l’élément significatif impose l’appartenance
au groupe même si il n’y a pas adhésion de
la personne.
C’est quoi, vivre ensemble ?
Le vivre ensemble est défini comme étant la capacité
pour des femmes et des hommes à cohabiter malgré
des différences ou en l’absence de points d’affinité.
Les expressions suivantes sont synonymes ou voisines : cohabiter
sans peur, interaction, rôle social commun, relations
sociales, être impliqué, être utiles aux
autres, ouverture, progrès, etc…
Les conditions du vivre ensemble
Le respect de la personne humaine et la garantie des droits
fondamentaux qui lui sont attachés (droit à une
existence sociale, droit à l’éducation,
droit d’expression, droit de vote, etc…).
Un régime de droit, dans le sens « respect des
règles et devoirs ». Il s’agit ici de l’acceptation
et la soumission aux lois républicaines et la participation
au fonctionnement de la République
Une notion de territoire et une volonté de cohésion,
c'est-à-dire avoir la volonté de vivre ensemble
et en harmonie avec les autres pays.
Un respect mutuel : La République respecte toutes les
croyances, refuse l’athéisme d’Etat, n’a
pas de religion officielle.
Quel besoin de vivre ensemble ?
La vie quotidienne, les activités personnelles ou professionnelles
amènent chacun à être en perpétuel
contact avec l’autre.
Toutefois, il existe des freins au « vivre ensemble ».
Citons :
Des résistances : La pose volontaire de limites au vivre
ensemble du type « je n’ai pas envie ».
Des peurs : Peurs individuelles, peurs collectives, méconnaissance
de l’autre et des autres.
Une communication mal partagée : L’absence de modes
de communication partagés, dont celui de la langue est
le plus visible, voire audible.
Des différences sociales, culturelles, éducatives,
voire cultuelles peuvent constituer un frein important au vivre
ensemble, bien plus profond qu’une simple expression orale.
Des représentations
Des oppositions et des discriminations
Mais il existe aussi des leviers au « vivre ensemble ».
Citons :
Une attitude juste empreinte de sagesse :
L’autorité de la République doit s’imposer
à tous et produire des attitudes justes empreintes de
sagesse ainsi que de solides outils de cohésion, notamment
des services publics de qualité au service de tous, et
en particulier au service des plus vulnérables.
Tout abus d’autorité de la République implique
automatiquement sa régression.
S’accepter : C'est exister au sein de la société,
être conscient de ses apports, de ses axes de progrès
et limites.
Chacun apporte en son grade et sa qualité.
Ces notions de réalisation et d’insertion peuvent
être la base d’un bien-être et favoriser l’épanouissement
individuel.
Nous rejoignons ici l’idée de progression de l’homme,
dans laquelle les concepts d’initiation et de transmission
apparaissent comme un véritable levier au bien «
vivre ensemble ».
Etre accepté : C’est ressentir que la société
est disposée à recevoir tel que chacun est, fort
de ses différences, ses imperfections, ses handicaps.
La République, dans l’expression de ses valeurs,
doit faire transparaître une forte volonté de cohésion.
Travail à suivre….